| Le sprint | |
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Tu sais que ton oeuvre se poursuivra dans le temps. Elle se fera à plusieurs mains, plusieurs versions et variantes, d'autres gammes encore. Tu cherches la juste note, l'accord parfait. Une oeuvre écrite sur les récits et les récifs de tes passions. Des visages, des expressions, d'autres langages, d'autres langues, des multitudes de facette, des rencontres, des signes réinventés, des corps, des souffles, des sillons. Tu as du coffre et tu as encore de la route à faire. Je n'ai pas mon permis. Je compte sur mes muscles, mes appuis tendus, mes talons d'Achille et d'aiguille. Je vais, moins vite que toi. Tu es ce voyageur qui ne se retourne pas. Tu mets dans tes paysages des formes humaines ou non. Des lignes, des formes, des pensées, des passagères. Tu traces. Tu sais que ton oeuvre se poursuivra dans le temps. D'autres visions et inspirations ou peut-être les mêmes en tout cas je sais cela, ce qui te trouble et te constitue, je sais des moteurs qui te dynamisent. Tu es celui que rien ne saisit. Comme le vent, tu t'engouffres, tu emportes, tu t'envoles, tu siffles, tu fouettes et décoiffes, tu balayes, en tempêtes et accalmies, en tempête, tu aimes foutre. Vivre à tes côtés, c'est entrer dans le mouvement. Que nous soyons aux seins lourds ou à la taille légère, agiles ou empotées, tu cherches dans nos puits la source de tes énergies, tu veux nos tourbillons. Je suis un grain de sable qui a participé à tes tourmentes. Tu dis aussi que j'ai bloqué tes rouages. Et le sablier qui me contenait est tombé d'un revers de ta main. S'est répandu la poudre sur le sol, tes pieds nus ont marché dessus. Ainsi, tes yeux ne te piquent plus. Tu sais que ton oeuvre se poursuivra dans le temps. Ce " Deviens qui tu es "... et tant pis quand tes naufrages font que parfois des sirènes se noient ou que tu veuilles leur peau, les écailler quand tu entres dedans, quand tu en sors aussi. Déplacer les montagnes et faire de la place, renouveler ton air, tes profondeurs, chasser la nostalgie, effacer le manque, abolir les regrets afin qu'à chaque nouvelle route cela soit comme une première fois, tes yeux écarquillés qui s'étonnent toujours de la beauté tranchante des femmes, de leurs secrets divers et d'été, de ce qu'elles ont à t'apprendre quand elles te regardent en face, quand tu leur souris. La fente de tes lèvres devinée, les fossettes de tes joues, racontent où elles te touchent. Cela est ton oeuvre et je sais comment tu t'y prends, non pas que tu sortes le grand jeu à chaque fois. Tu changes les angles, les arrondis, les prises et de vue et de son, les paroles et les mots, les gros plans et les flous, les couleurs et les textures, les décors et les âges, les promesses et les dons, tes rédemptions aussi. Ton grain de sable parmi d'autres. Je me ramasse et la lumière a soudain ce poids qui fait plier mes reins, une de mes brûlures cuisante et définitive qui me chauffe au sprint final. Tu nous creuses, tu cries et écris cela, nos points de suspenSion... tes points d'EXclamation ! Ailleurs d'autres soupirs, d'autres ponts. Trace ! Je savais que ton oeuvre se poursuit dans le temps. |
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Emma Laroche - Extrait " Au sujet
de la brûlure " - 15 août 2006, pour R. V, un peu
avant 10 heures.
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